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Ludovic Comeau Jr.
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DePaul University
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Littérature Orale Haïtienne: Analyse d’un Nouvel Apport
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Le conte haïtien vient de s’enrichir d’une appréciable contribution avec la parution, à la fin de
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l’année dernière, de “Ti Oma” de Charlot Lucien. “Ti Oma”, première sortie de ce dernier
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dans le genre du conte, est un CD dont les trois nouvelles Manto Twopikal, Ti Oma et Mèt
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Monplaisir Tribun recèlent de qualités qui font d’emblée ce nouveau conteur viser une place de
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choix sur le sentier d’excellence tracé par l’œuvre de Maurice A. Sixto
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On se souvient certainement du passage fulgurant de celui-ci dans l’histoire littéraire orale
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haïtienne au cours des années 1970 et 1980. Conteur extraordinaire au talent de génie, Sixto
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y effectua une entrée magistrale et gratifia le public d’au moins deux bonnes douzaines
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d’audiences succulentes et diverses qui firent de lui une véritable gloire nationale. Le public
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haïtien ne finit pas de savourer Zabèlbòk Bèrachat, Ti Sentaniz, Madan Jul, Gwo Moso
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pour n’en citer que quelques-unes, sans négliger ce poignant épisode de l’injustice sociale
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haïtienne qu’est Léa Kokoyé. On ne saurait oublier ce répertoire de morceaux choisis qui, deux
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décennies plus tard, n’ont pris aucune ride et ont pu laisser une empreinte durable sur la
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mémoire collective haïtienne. En des tableaux scrupuleusement réalistes, Sixto nous a présenté
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des personnages prisonniers d’eux-mêmes, de leur destin, de leur environnement. Ses créations
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sont comme un traité d’études de caractères.
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Depuis une quinzaine d’années que ce pionnier est décédé, les admirateurs ne se consolent
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pas de son absence et ne cessent de soupirer après la venue d’un autre conteur dont le talent
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pourrait prétendre faire honneur à son œuvre et en assurer une relève acceptable.Dans
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l’intervalle, faut-il bien reconnaître, une puissante lueur d’espoir brilla avec l’émergence de la
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production de Jean-Claude Martineau, dit Koralen.La force de l’inspiration de Martineau offrit
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une autre perspective à l’art de dire, par la parole ou la plume, nos mœurs et travers avec
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pittoresque et humour. En se constituant le cé1ébrant principal du mariage du conte et de la
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poésie, Martineau surprit les inconditionnels de Sixto qui, sans doute, ne s’attendaient qu’à une
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reprise de la verve moqueuse et de la manière panachée de ce dernier 1. Au contraire, et
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pour le bonheur tant du genre que du public, Martineau crĂ©a un style original difficile Ă
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émuler parce qu’il exige l’expression simultanée d’attributs aussi variés qu’une grande
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sensibilitĂ© agrĂ©mentĂ©e de lyrisme, un don pour l’observation et la peinture et une capacitĂ© Ă
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ciseler le vers créole, le tout renforcé, comme dans le cas de Sixto, par un clair
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engagement en faveur de la justice sociale.
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De trop rares morceaux comme Flè Dizè, Twa Pa, Camelo et Tèlson offrent pure
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délectation à l’esprit et aux sens. L’auditeur ravi se laisse sans effort entraîné par la cadence
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d’une composition équilibrée qui, mûe par un admirable élan créateur, berce comme une
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symphonie. Il se réjouit même d’être en l’occurrence témoin d’un bel étalage des richesses
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rythmiques et harmoniques de la langue créole. De tels morceaux sont aussi, pourrait-on dire,
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de vrais filalang² puisque, l’appétit venant en mangeant, on ne cesse d’en espérer davantage,
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mais en vain. C’est comme si Martineau tenait son public à l’odeur d’un fricot irrésistible.
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Le CD “Ti Oma” vient donc combler une longue attente qui n’a que trop duré. Ses trois
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pièces renferment un potentiel et des qualités qui en font comme des fleurs offrant la promesse
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d’une belle moisson à venir. Leur auteur, Charlot Lucien, y offre une performance qu’à ce stade
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initial de sa carrière d’artiste narrateur je trouve remarquable. Je n’hésite pas à dire qu’avec
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le CD “Ti Oma”, je vois pointer Ă l'horizon un conteur dont le talent semble de taille Ă
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reprendre et vivifier la merveilleuse tradition laissée par le maître génial que fut Maurice
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Sixto. Bien sûr, Lucien devra s’atteler sans relâche au dur labeur de parfaire et de mûrir son art.
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Car, à n’en pas douter, c’est un objectif gigantesque que celui de replacer le conte sur le
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piédestal où le hissa l’illustre devancier. Il n’est pas facile d’égaler du premier coup un Sixto qui,
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me suis-je laissé dire, n’a rendu son œuvre publique qu’à la suite sans doute de nombreuses
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années de pratique dans le privé. Je ne puis en effet concevoir que ce dernier ait pu, comme
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“coup d’essai”, frapper le coup de maître que fut Léa Kokoyé sans avoir longuement et
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soigneusement exercé son talent devant d’innombrables cercles de parents et d’amis.
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Les mérites d’une belle œuvre
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Le talent ne manque pas à Lucien, si l’on en croit l’étalage qu’il en fait dans “Ti Oma”.
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Une qualité des pièces contenues dans ce CD réside dans leur effort réussi d’originalité quant à la
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manière de dire. Lucien a su éviter le danger d’organiser son énoncé oral comme une sorte de
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“Sixto junior”. Une telle réalisation, véritable pari qui n’était pas nécessairement facile à gagner,
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est d’autant plus méritoire que Ti Oma et Mèt Monplaisir Tribun abordent deux questions
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qui ont occupé une place de choix dans le répertoire des sujets ayant retenu l’attention de Sixto:
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la domesticité des enfants et le penchant de certains politiciens du milieu pour la débauche.
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De plus, le parler de Sixto étant tout simplement un parler authentiquement haïtien, il n’est pas
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aisé de mettre directement sur scène des personnages typiques du milieu sans paraître
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parodier cet extraordinaire imitateur. Dans un tel contexte, l’originalité doit résider dans la
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manière, laquelle doit clairement porter la marque de l’artiste sans laisser d’arrière-goût. Et
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Lucien a su faire preuve d’originalité. Il a certes emprunté une ou deux expressions du
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vocabulaire de son prédécesseur: chemise blan nannan kokoye³ dans Manto Twopikal; ou
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encore, toujours dans la même pièce, cette manière savoureuse de désigner la femme ou la
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concubine: “fa’m”, au lieu du “fan’m” habituel, rappelant ainsi le verbe flamboyant de Gwo
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Moso.
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Mais cela n’enlève rien au mérite de l’auteur. Il n’y a en fait qu’un seul passage où j’ai pu
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déceler ce qui m’a semblé la griffe de Sixto. Là , au cours d’une “leçon” en politicaillerie où
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Maître Monplaisir Tribun se fait instruire par un puissant protecteur sur la conduite à tenir au
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sein du régime duvaliériste en ce qui a trait à la question de couleur, le mentor se lance dans
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une envolée oratoire que Lucien le fait terminer par un tonitruant “Messieurs!”alors que le
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bonhomme s’adresse au seul Tribun pareil à celui que, dans La petite veste de galerie de papa,
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Sixto a mis dans la bouche de son avocat wongatè 4 du Bois Verna qui, pour la galerie,
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déblatérait sur les méfaits du Vodou.
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Ă€ part ces peccadilles somme toute normales pourquoi devrait-on ignorer la richesse offerte
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par le talent créateur d’un grand précurseur?, Lucien prend les commandes de son art et
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trouve son ton propre.Dans Ti Oma, en un saisissant tableau dont nous visualisons aisément
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l’objet, il fait du public le témoin des misères subies par un enfant des campagnes en
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domesticité chez une famille de la classe moyenne de Port-au-Prince sans jamais nous remettre
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spécifiquement à l’esprit Ti Sentaniz de Sixto. Et pourtant il décrit la même réalité. Dans la
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même pièce, sans jamais clairement nous rappeler aucun de ces intellectuels dépeints par Sixto ,
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il met en scène avec la même précision Maître Barnave, un “Haïtien intelligent et responsable”
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qui n’a pu trouver meilleure utilisation pour ses méninges que des calculs arithmétiques épuisants
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destinés à révéler les numéros devant gagner à la borlette 5. Dans Mèt Monplaisir Tribun,
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il campe des personnages qui, bien en selle politiquement, profitent de leur influence passagère
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pour s’adonner aux plaisirs de la chair tout en essayant de s’en justifier par l’utilisation
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laborieuse de théories genre noiriste; et pourtant, pas un instant on ne se souvient directement
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de deux fornicateurs impénitents dépeints par Maurice Sixto: le ministre de l’Éducation Nationale
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qui humilia Léa Kokoyé et “notre ambassadeur” à Paris qui, dans “J’ai vengé la race!”,
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s’appliquait à courir la galipote sous prétexte de revanche historique.
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Le souvenir amusé du début des années 1980
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Lucien n’eut pas pu donner au CD une introduction plus judicieuse que Manto Twopikal.
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C’est une histoire relativement brève elle dure sept minutes alors que les deux autres en font
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autour de vingt-cinq mais en tout point agréable. Un excellent apéritif, qui nous prépare pour
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la dégustation des deux plats de résistance qui la suivent. Que l’on ait eu ou pas l’occasion,
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sous le gouvernement dit “à vie” de Jean-Claude Duvalier, de frĂ©quenter les rĂ©ceptions qu’ Ă
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longueur d’année offrait Son Excellence Lee Nan Tsing, ambassadeur
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“pas plus haut que trois pommes” mais apparemment tout aussi “à vie” de Taïwan en Haïti ,
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on se délecte à l’évocation pittoresque de cette faune politicienne et mondaine qui accourait
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pour, sans se faire prier, s’attaquer aux copieux buffets du généreux diplomate. Et s’y distingue,
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par la magie du verbe de Lucien, cette dame qui, sous une chaleur de 90°F en plein été
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tropical, préfère étouffer dans un manteau usagé acheté à Paris plutôt que de rater cette
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occasion de l’exhiber et d’en mettre plein la vue…
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Avec Manto Twopikal, l’auditeur prend d’emblée la mesure de l’artiste: justesse des
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intonations, continuité soutenue du débit, facilité de l’élocution. Lucien passe le plus aisément du
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monde du créole le plus gouailleur au français précieux de ceux qui affichent de parler la langue
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de Voltaire avec plus d’affectation que les héritiers du célèbre philosophe eux-mêmes.Ce
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talent, agrémenté d’un respect généralement scrupuleux pour la couleur du temps, se confirme
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dans les deux autres morceaux et fait les délices de l’auditeur témoin de l’époque. Manto
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Twopikal ravive le souvenir amusé de cette période du début des années 1980 où le public
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port-au-princien faisait des gorges chaudes à propos d’une rumeur persistante qui annonçait
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la réfrigération d’une salle du Palais National en vue de la conservation des manteaux de
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fourrure de la Première dame de l’époque…
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Un des deux poids lourds du CD, la pièce intitulée Ti Oma confirme cette corde puissante
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que l’artiste porte à son arc: le don du portrait. Sous un pinceau aussi précis que riche en
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nuances, Ti Oma, petit paysan de Bombardopolis transporté à Port-au-Prince pour devenir
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restavèk 6 chez les Barnave, se présente comme un autre symbole de l’apartheid que
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représente la domesticité d’une classe d’enfants chez nous, une image vivante et poignante
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de la misère et de l’esclavage dans lesquels la société haïtienne a choisi de laisser croupir des
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petits sans défense. Lucien organise une présentation judicieuse des divers é1éments de
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l’histoire.L’exposition des personnages est éparpillée à travers le récit, chaque caractère étant
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introduit au moment opportun et avec une palette dont la variété de gamme, en tout point
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remarquable, n’est pas la moindre caractéristique. Il n’est pas jusqu’à la musique de fond qui
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ne suggère le grand soin mis par l’auteur dans sa composition et ne contribue à une meilleure
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visualisation des faits relatés.
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Ti Oma et Ti Sentaniz: même réalité; perception différente?
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On ne peut guère résister à la tentation d’esquisser un parallèle entre Ti Oma et Ti Sentaniz,
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d’autant que le premier a su éviter de se faire l’épigone du deuxième. Lucien dans Ti Oma
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a fait montre de plus d’optimisme que Sixto dans Ti Sentaniz quant au sort ultime du petit
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domestique totalement livré aux caprices de ceux qu’il (ou elle) sert. Si l’exploitation de
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l’enfant infortuné est absolue et horrible chez Sixto, elle se présente avec moins de vitriol
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dans l’univers de Lucien, même si elle révolte autant. Faut-il en déduire que la situation des
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enfants en domesticité à Port-au-Prince s’est améliorée entre le temps de Sixto (années
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1940-1960 probablement) et celui de Lucien (années 1970 à nos jours)?Il n’est qu’à constater la
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détérioration accélérée au cours des dernières décennies des conditions de vie de la
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population haïtienne dans un contexte de maintien de la même mentalité qui, à l’origine, a
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permis au phénomène du restavèk d’éclore, de se propager et de perdurer, pour en douter
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sérieusement.
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Il n’y a pas à dire: Ti Oma est définitivement un grand chanceux. Mme Barnave accepte la
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suggestion de Manzè Martha, la vieille servante, de l’envoyer dans une petite école du soir,
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opportunité que la mère de Chantoutou n’aurait jamais donnée à Ti Sentaniz. Il est vrai que Mme
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Barnave y voit son avantage: le garçon pourra mieux compter la monnaie quand il est envoyé
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aux commissions. Mais, il n’empêche: Ti Oma quand même va à l’école, même de qualité
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douteuse; il peut y rester au fil des années, même au prix des moqueries humiliantes de la
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progéniture gâtée de ses patrons; comble de chance, il trouve en Martha une protectrice
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efficace et inconditionnelle qui se prend d’affection réelle pour lui et, veut-on bien supposer ,
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lui permet, quand bien mĂŞme les Barnave finissent par le jeter dehors par jalousie pour ses
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succès scolaires, de devenir plus tard l’agronome Omar Dessources, occupant un poste
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important au Ministère de l’Agriculture.
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Sort étonnant, s’il en est, façonné par quelque dieu tutélaire bon enfant; destinée rare,
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admettons-le, qui sans doute ne constitue qu’une exception à la règle générale de l’infortune
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systématique des enfants de cette condition dans une Haïti en général très peu clémente pour
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eux. C’est comme si Lucien, disposant de quelque baguette magique, s’était arrangé pour
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récupérer Ti Oma et lui permettre de se frayer un chemin à travers le labyrinthe social
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infernal d’Haïti. Par quelle dispense spéciale du destin Ti Oma a-t-il pu arriver à conjurer le sort
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pour devenir un grand commis de l’État? Comment s’est opérée la transition d’une situation
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post-Barnave sans doute précaire au statut d’agronome? On imagine mal les maigres
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ressources de Manzè Martha, si dévouée soit-elle, suffire à soutenir Ti Oma - d’ailleurs, Martha
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peut bien avoir eu des parents restés en province à qui elle devait venir en aide. De plus, quand
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on sait que, du moins à l’époque, il était “plus facile pour un chameau de passer par le chas
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d’une aiguille” que pour un jeune d’entrer à l’Université d’État d’Haïti, par quel tour de force
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Ti Oma a-t-il pu se faire admettre à la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire?
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Il est légitime de penser qu’il était possible pour Lucien, sans risquer de rendre l’histoire lassante
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en la rallongeant trop, d’éclairer cette immense zone de blackout en donnant quelques
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détails brefs mais essentiels.
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Il est vrai que des familles abritant des restavèk se font le devoir de leur offrir le pain
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de l’instruction.Mais si l’on se fie aux nombreux rapports évoquant les mauvais traitements
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infligés à ces enfants en général, on peut supposer que de telles familles sont en nette
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minorité. Dans des circonstances “normales”, les Barnave n’auraient probablement pas
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accepté d’envoyer Ti Oma à l’école de toute façon, cela n’a jamais été vraiment nécessaire
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en Haïti “pour compter la monnaie”-; à supposer que, comme rapporté par Lucien, ils l’y envoient
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quand même, ils ne l’y auraient en général laissé que quelques mois, peut-être une ou deux
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années, pas plus; Manzè Martha, elle-même probablement aux prises, même à un niveau
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moindre, avec les préjugés et l’impertinence des patrons, aurait peut-être consacré ses énergies
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beaucoup plus à survivre qu’à veiller sur Ti Oma et, qui sait, aurait peut-être “passé” les
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frustrations qui l’étouffent “sur” le restavèk plus faible- dan pouri gen fòs sou bannann mi;7
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et il ne serait pas impossible, dans un cas de figure que l’on veut espérer extrême , que la
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même Martha y aille de sa propre dose de mauvais traitements à l’encontre du petit
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domestique parce qu’elle serait à son tour égarée dans ces sortes de préjugés sans fondement
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dans lesquels nous, Haïtiens, toutes catégories sociales confondues, avons la destructrice
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spécialité de nous empêtrer et qui la feraient, comble de paradoxe, se considérer comme
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n’étant pas de la classe de ce petit nèg mòn 8. Syndrome de l’esclave de l’habitation
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- domestique du colon blanc- qui, du temps de la colonie, se croyait supérieur à l’esclave des
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plantations…
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Il ne faut certes pas quereller Charlot Lucien pour avoir présenté l’histoire d’un restavèk
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qui a bien tourné. On doit se dire aussi que Ti Oma est peut-être une histoire vraie et que
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l’agronome Omar Dessources peut bien avoir son homologue dans la vie réelle, en Haïti, dans
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quelque service du Ministère de l’Agriculture ou ailleurs. La chronique haïtienne a toujours
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rapporté avec satisfaction et “philosophie” ces cas de personnalités issues de conditions
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sociales et économiques très difficiles qui, au prix de sacrifices et d’acrobaties tenant souvent
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de la prestidigitation, réussissent dans la vie alors que tout était ligué contre eux. Mais
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l’observateur averti, informé de la réalité dépeinte, sait qu’il s’agit de miraculés, de véritables
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rescapés, d’éminents veinards - certains diraient des prédestinés, à l’instar du bébé Moïse qui,
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selon l’histoire biblique, fut sauvé des eaux par la fille du Pharaon d’Égypte.
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En se réjouissant de l’aboutissement heureux du parcours des quelques Ti Oma, il serait
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réaliste de ne pas oublier que, pour chacun d’eux, on peut aisément dénombrer des milliers
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de Ti Sentaniz, des fils et filles authentiques d’Haïti qui n’ont pas eu autant de chance.Livrés
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à eux-mêmes souvent dès le plus bas âge, ces derniers sont sacrifiés par le système traditionnel
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haïtien qui ne leur laisse d’autre recours que d’aller gonfler la population des bidonvilles ainsi
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que les rangs des chômeurs déclarés ou déguisés, de risquer leur vie à se faire boat people,
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de s’abandonner à la plus abjecte déréliction ou de se laisser recruter par les vautours de la
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politique et de tous les trafics. Il ne faudrait surtout pas oublier qu’une nation ne saurait
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prospérer sur la base d’exceptions et qu’il est suicidaire pour une communauté de se satisfaire
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seulement de manifestations isolĂ©es et alĂ©atoires de succès dont chacune fait pendant Ă
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d’innombrables cas de catastrophe humaine dans l’espoir fataliste et paresseux que notre tour
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arrivera “un jour!” et que, jou sa a a a,9 nous connaîtrons un “bonheur” qui ne cesse de nous
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faire le pied de nez.
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L’émancipation d’Haïti ne se produira pas par un nivellement par le bas
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S’il est bien de se féliciter du sort final de Ti Oma, il ne faudrait pas s’empresser de se
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réjouir de celui des Barnave. La déchéance de cette famille est le reflet du malheur
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économique subi depuis de longues années par la majeure partie de la population haïtienne.
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L’erreur fatale consisterait à se rendre coupable du péché d’aigreur et de rancune et de
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considérer, esprit maladivement revanchard, que la déchéance de cette famille est bien faite
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pour elle sous le prétexte, destructeur pour le destin de toute communauté, qu’il était temps
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que ròch nan dlo kon’n doulè ròch nan soley. 10
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Car l’émancipation équilibrée de la société haïtienne ne se produira pas par un
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nivellement par le bas. Il n’y a aucun profit collectif à tirer ni dans la réduction à la misère
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d’agents économiques qui bénéficiaient déjà d’un certain niveau de vie grâce à un certain
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revenu, ni dans l’expression d’une hostilité pathologique envers le capital et ses détenteurs.Au
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contraire, notre intérêt devrait se chercher dans une nouvelle entente communautaire dominée
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par le souci primordial de justice sociale, un arrangement qui verrait la “roche à l’eau”
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comprendre qu’il est de son salut d’accepter que la “roche au soleil” la rejoigne dans “la
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fraîcheur”. Ce qu’il faudrait souhaiter donc, c’est l’instauration d’un nouveau contrat social
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assurant une allocation optimale des ressources disponibles, une distribution équitable du
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revenu national et un fonctionnement efficace des institutions devant accompagner le
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processus de développement économique. Et ceci, dans un contexte où tous les Haïtiens
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indistinctement sont pleinement investis de leur dignité humaine et citoyenne, où les règles
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du jeu sont clairement établies par un État honnête à vision progressiste, où la parole donnée
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a une valeur, où la roublardise et la corruption ne sont plus érigées en principes de gouvernement,
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où le politicien et le fonctionnaire public ne se font plus dwèt long siperyè et gran manjè 11, où
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le marronage sous toutes ses formes, destiné à mieux berner et à fuir ses responsabilités, perd
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droit de cité, où le discours politique trompeur, tissé de promesses mirobolantes et construit
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anarchiquement dans un style pseudo-poétique fumeux, n’a plus de mise et où Haïti, notre
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seul vrai pays, devient enfin la préoccupation de ceux exerçant les pouvoirs publics.
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L’on peut certes comprendre que l’auditeur moyen de Ti Oma exprime, en premier réflexe,
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un certain contentement face à la débâcle des Barnave. Il n’y a aucun doute qu’ils devaient
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payer pour les mauvais traitements infligés à un pauvre petit concitoyen sans défense dont
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le destin leur était confié. Mais cette sanction ne devrait pas émaner d’une “justice immanente”
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dont le ressort et les délais d’application échappent à tout contrôle humain. Sans en dénier
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l’existence, et -je dis même: au contraire-, il faut bien reconnaître que cette justice immatérielle
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ne suffit pas pour corriger un état de fait au développement extraordinaire et aux répercussions
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ravageuses pour la survie même de la nation. Cette sanction devrait plutôt venir d’un tribunal
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fonctionnant dans le contexte d’une société qui s’est organisée pour prévenir la commission
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de tels abus. En fait, la simple existence d’une structure judiciaire efficace et non corrompue
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constitue une force de dissuasion qui, de prime abord, aurait empêché la perpétration par les
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bourreaux du type famille Barnave de leurs méfaits à l’encontre des Ti Oma.
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Mais, en aucun cas ne devrait-on souhaiter que la juste rétribution du crime de lèse-humanité
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et de lèse-société des Barnave vienne sous la forme de la perte de leur stabilité économique.
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Sinon, ce serait la manifestation d’une conception dangereuse parce qu’elle comporte les germes
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d’un véritable cancer qui affaiblit les mécanismes appelés à sous-tendre les éventuelles
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perspectives de prospérité de la nation. La nécessité impérieuse de faire justice ne devrait jamais
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être confondue avec l’envie de détruire le coupable en démantelant sa situation financière.
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Tant que cette distinction n’est pas faite et acceptée par le corps social, la propriété privée
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restera menacée et l’économie en lambeaux. Entre temps, déchouqueurs, chimères,
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zenglendos ,12 rançonneurs, incendiaires, kidnappeurs et autres spécialistes du crime,ainsi que
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leurs commanditaires, ont la part belle, tandis que, crise politique sempiternelle, pourrissement
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institutionnel et perfidie politicienne aidant, le potentiel productif se réduit en peau de chagrin
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face à l’investissement qui disparaît et au capital qui fuit, dans sa double composante
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physique et humaine.
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Si tant est que l’histoire présentée par Charlot Lucien est vraie, la méchanceté des
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Barnave n’a probablement rien à voir avec leur faillite.Il faudrait sans doute regarder du côté
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d’une sorte de blocage de l’esprit causé par le manque de vision et de caractère pratique d’une
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certaine mentalité ainsi que du côté de l’accélération de la dégénérescence de l’économie
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nationale au cours des dernières décennies. On ne finit pas de compter les cas de faillites
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personnelles et de banqueroutes d’entreprises en Haïti. C’est le grand sauve-qui-peut . Et il
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n’y a aucune justice immanente à causer pareil désastre. La responsabilité est la nôtre; et
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surtout celle, historique, de nos “élites”.
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Des Barnave qui ont maltraité Ti Oma, à Ti Oma lui-même qui s’en est sorti, pour revenir
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aux Barnave qui ont échoué, en passant par tous les Ti Sentaniz et autres enfants et
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adolescents martyrs que les manman Chantoutou et le système social haïtien ont
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déshumanisés et qui aujourd’hui se retrouvent en hordes hirsutes, abandonnées dans les rues
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de la Capitale pour demander la charité à des passants et automobilistes dont ils essuient
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régulièrement les rebuffades, les insultes ou les propositions de nature libidineuse, c’est toute
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une nation qui s’est égarée, qui lutte pour survivre et qui semble être aux abois.
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Dieu sauve Haïti! a-t-on envie de crier. Mais, Haïti, pourrait-on rétorquer, sauve-toi
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toi-même…
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Une image écœurante
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La question pourrait alors être posée à savoir qui est plus condamnable: les Barnave et les
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manman Chantoutou qui ont tenté de réduire Ti Oma et Ti Sentaniz à l’état de sous-humains
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ou la société haïtienne qui a permis que de telles atrocités se produisent?Autres questions
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corollaires:D’où vient ce phénomène affreux? Pourquoi existe-t-il?Comment a-t-il commencé?
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Comment est-il possible qu’une nation, qui a connu les horreurs de l’esclavage et qui, il y a
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bientôt deux siècles, se dressant en exemple monumental pour le reste du monde, s’en est
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héroïquement débarrassé, tolère qu’une catégorie de ses enfants soit placée dans des conditions
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dignes d’être qualifiées d’esclavage? Comment expliquer la perpétuation ninterrompue de cette
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pratique sauvage à travers les générations sans qu’une loi ne soit jamais venue effectivement la
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rendre illégale et passible d’amendes sévères? Et comment pouvons-nous nous étonner,
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aujourd’hui, des résultats criminogènes obtenus dans un pays maintenant en proie à un
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phénomène extraordinaire et sans précédent de banditisme mais qui, prodige de la flexibilité et
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de l’adaptation, a depuis longtemps appris à vivre au ralenti et à gérer la peur ?
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Le témoignage suivant, qui évoque l’ambiance prévalant ces temps-ci dans la capitale haïtienne,
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peut aider à illustrer la gravité de la situation actuelle au pays: “Il est deux heures du matin.
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Pays-silence. Maison-silence .Un silence lourd de tous les maux du jour. On meurt vite ici Une espèce de
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routine. s'estinstallée dans les rues: celle de tuer. Et, à tant voir mourir des gens, nul ne semble plus
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s'étonner;c'est devenu presque rien. On a chacun son cercueil sous le bras. On sort ainsi tous les matins.
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Quand on parvient à rentrer, on bénit le ciel de se retrouver chez soi.On se dit que c'était pas son tour
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aujourd'hui, mais celui d'un autre qu'on connaît ou qu'on ne connaît pas. Et les funérailles se succèdent…
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Maintenant, silence. À chaque pas , silence. À chaque cadavre, silence. Coup de feu. Blackout. Silence…
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Magasins et marchés publics fonctio |